the sandwich generation


The Sandwich Generation questionne la pensée financière qui a pris le dessus sur la logique créative dans le monde de l'art. La précarité de l'artiste qui, en acceptant certaines conditions inacceptables, amplifie la puissance d'un système impossible d'échapper. The Sandwich Generation ne cherche pas à faire de l’art qui ressemble à de l’art mais à mettre en évidence les aspects concrets de cette réalité dans un espace de dialogue possible.

Depuis les années 1950, la croissance de l’industrie du fast-food a radicalement transformé non seulement le régime alimentaire mais aussi l’économie de marché et le paysage urbain, ainsi que la logique, le rythme et les valeurs de l’ensemble des pays développés, donnant naissance à une fast-food way of life.

Par-delà ses qualités nutritionnelles, le sandwich - produit de l’industrie du fast-food par excellence - est une allégorie de notre condition actuelle. La standardisation des produits, les franchises qui gomment la diversité, le maintien d’une main-d’oeuvre précaire qui assure la rentabilité de l’industrie, l’automatisation du travail, la production de masse... forment les symptômes de cette dynamique de développement.

La méthode Speedee Service System instituée par McDonalds en 1948 a remanié pour toujours le modèle de production. D’une fast-food architecture figurée par de larges lotissements de maisons construites à l’identique à des blockbusters exhibitions qui cherchent le remplissage assuré de salles, l’industrie du fast-food sculpte chaque aspect de nos vies, privées et sociales. Sponsors de l’éducation publique dans certaines localités américaines, elle s’empare du déficit budgétaire pour le reconvertir en opportunité publicitaire. Depuis des générations, elle modèle
l’imaginaire populaire à travers les jouets distribués aux enfants du plus jeune âge. Développant un langage propre, elle crée une nouvelle culture et de nouveaux objets-cultes. Le fast-food que nous consommons nous forge et nous consomme à son tour.

À travers le monde, le sandwich est un référent du contexte socio-économique local. Aux Etats- Unis, les chaînes de restauration rapide embauchent plus que n’importe quels autres domaines d’activité américains, pouvoirs publiques compris. En Grèce, de nombreux individus se voient obligés de se prostituer au prix du traditionnel feuilleté au fromage - le tirópita - pour faire face à la crise. En Argentine, le choripan - sandwich à base de saucisse et chimichurri - est un symbole de la classe ouvrière étroitement lié au parti péroniste, très présent lors des manifestations populaires.

Dans le monde de l’art, cette notion du sandwich est présente tant dans la production que dans l’économie des oeuvres. Avec la perpétuelle baisse des subventions, la peur d’un éventuel échec raréfie la prise de risques de la part des institutions et des artistes. L’échec est devenu un luxe que peu de gens peuvent encore se permettre. L’homogénéisation des critères européens cadre l’éducation et standardise le savoir. Le temps “improductif” disparaît progressivement au profit d’une logique de productivité et d’efficacité, d’un temps capitaliste et capitalisé. Le corps-créateur est devenu un corps-machine.

Alors que l’industrie du fast-food se caractérise par ses offres d’emplois mal rémunérés destinés à un public jeune et peu qualifié, les jeunes diplômés - et particulièrement les jeunes artistes - doivent pour la plupart survivre à l’aide d’un travail alimentaire. Cette condition de survie semble être l’état constant de l’artiste assujetti à l’économie du sandwich , celle où un repas offert, la promesse d’une visibilité institutionnelle ou d’une expérience trop précieuse pour pouvoir s’en passer remplace son salaire.

The Sandwich Generation ne cherche pas à faire de l’art qui ressemble à de l’art.
The Sandwich Generation est quelque chose d’autre.
The Sandwich Generation est quelque chose.
The Sandwich Generation est.

Conception : Tali Serruya
Avec la participation de Juliet Davis, Amy Lawrence et Patricio Gil Flood

Installation : texte imprimé sur vinyle transparent, post-it, plan de la ville

Photos : Amy Lawrence, Julia Hung & Tali Serruya

Avec le soutien de la HEAD - Genève, 2016

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